MADEMOISELLE JULIE

Prisonnière du sentiment de supériorité́ de sa classe sociale inculqué par son éducation et de la haine des hommes distillée par sa mère, Julie affronte Jean et veut le dominer. Elle veut aussi dominer l'homme comme elle croit avoir le droit de dominer le valet de son père. À sa violence répondra celle de Jean qui se révélera le plus fort à ce jeu cruel de séduction-répulsion qu'elle a entamé́ avec lui. 
Cet affrontement entre Julie et Jean n'est donc pas seulement une lutte de classes mais également une lutte entre une femme et un homme.
 

Que vient nous dire du monde, de la société, du théâtre et d’elle-même Julie Brochen, avec ce drame feutré où la violence de classe sociale a pour corollaire celle de l’homme envers la femme, avec cette farce macabre dans laquelle une châtelaine décide de séduire son valet, alors que ce valet est fiancé à une autre, présente à ses côtés.

 

Perverse et envoûtante, cette Mademoiselle Julie, de Strindberg,
mise
en scène avec passion par Julie Brochen, offre à Anna Mouglalis un rôle d’une densité rare.

L’Humanité

 

La pièce ne comporte ni entracte ni pause ni même changement de décor, tout se passe dans l'espace clos d'une cuisine. Unité de temps (la pièce se déroule à la fin du XIXe siècle, en 1894, par une nuit d'été à la veille de la Saint-Jean), unité de lieu (la cuisine d'une demeure patricienne située dans la campagne suédoise) et unité d'action (un jeu de la séduction entre maître(sse) et valet).

 

La nuit que vivent Jean et Mademoiselle Julie est une nuit profondément troublante. Une nuit qui par moments nous fait rire, par moments nous saisit, nous happe, nous dérange, nous surprend... Comme si on assistait, en regardant par le trou d’une serrure, à quelque chose de très intime, de l’ordre de la pulsion, de la sexualité. Il s'agit finalement d'un huit-clos qui confine ces deux personnages dans un espace duquel il devient impossible de s'échapper.

 

Ascension, chute et résilience.
Le théâtre de Strindberg n’est fait, au fond, que de ces ingrédients.

 

 

NOTE D'INTENTION de Julie Brochen, metteuse en scène
« Dieu Julie »  J’ai lu et joué « Mademoiselle Julie », il y a une vingtaine d’année en sortant du Conservatoire. J’avais alors une vision sombre de cette pièce, nourrie depuis par mon travail de mise en scène sur « Père » aux côtés d’Anne Alvaro et de François Marthouret, une pièce où le couple se débat encore plus violemment. La violence des rapports conjugaux, et cette incommunicabilité́ fondamentale faisait écran à une lecture plus profonde et plus vraie de l’écriture de Strindberg. Bergman m’a indiqué́ un chemin vers lui, et Anna Mouglalis et Xavier Legrand m’ont permis de le redécouvrir. Je relis grâce à eux « Mademoiselle Julie » aujourd’hui. Je suis frappée par la sensualité́ et l’audace de cette pièce si hautement décriée et critiquée lors de sa création. C’est en effet incroyablement nouveau, très actuel. Le texte est saisissant, il échappe à toute contextualisation, il dérange, il nous malmène mais il suscite aussi dans le travail une joie profonde, une jubilation.  
 
C’est cette joie, cette ivresse, cette danse à laquelle le spectateur est confronté́, invité d’abord avec une certaine nonchalance puis pris dans un rythme qui se resserre et qui finit par nous surprendre tous au lever du jour.   
 
« Dieu Julie » chanté par la voix grave et lumineuse de Gribouille est alors pour nous comme le chant des oiseaux au petit matin qui nous accompagne vers la sortie du théâtre, alors que le serin de Julie, lui, ne chantera plus.  
 
 

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Production : Théâtre de L'Atelier. Coproduction : Les compagnons de jeu, Horatio Production.

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