JUSTE LA FIN DU MONDE

C’est une histoire de famille, un retour aux origines, ce qui nous a fondé et continue à nous hanter, même dans nos rapports avec les autres. Quelque chose incessamment se
rejoue dans nos liens, de l’ordre de la peur - peur de l’abandon, de l’échec, d’être jugé, d’être aimé - et nous conduit à chercher, en réponse, toujours plus d’émancipation. Louis retourne dans sa famille qu’il n’a pas vue depuis des années pour annoncer sa mort prochaine et faire ses adieux. Mais cette annonce terrifiante se viendra pas ; celui qui a toutes les raisons de gagner au concours du plus Malheureux, va se taire. Comme s’il pressentait que cette annonce terrifiante laisserait un désastre sans nom sur son passage.

Le public restera son seul confident, cependant que son silence si souvent reproché permettra cette ultime fois de libérer les siens des ténèbres de l’informulé. Félicité Chaton fait magnifiquement entendre la langue de Lagarce. Eclats, ruptures, accélérations, tentatives de prise de parole épuisante ou rédemptrice. Le dispositif, sans cérémonial ni décorum anecdotique, offre une couleur surréaliste et absurde à la pièce. Entre piano et récit, on pénètre dans l’imaginaire de Louis… Pour mieux capter ce qui se joue dans cette famille-là, et y projeter peut-être nos propres démons. 

 

La famille, terrain brûlant de nos rapports
aux autres et à nous-même.
 

 

LOUIS nous regarde nous installer dans la salle, il a l’oeil malicieux. Ce qui nous réunit aujourd’hui c’est ce retour, tel qu’il l’imagine : dire à sa famille sa mort prochaine, avec calme et précision, « ce qu’il croit ». Derrière lui, deux fauteuils jumeaux, le néon de la cuisine, le ronron des cafetières, la baignoire et l’infini couloir... C’est comme un rêve de maison, sans dessus dessous. La mère, Antoine, Catherine et Suzanne attendent dans l’espace morcelé du souvenir.
Quelques notes de Bach et Louis nous emnène dans le théâtre de la maison familiale : ils ont du mal à se parler, c’est drôle à entendre, c’est maladroit, délicat et douloureux parfois.
Alors on prend l’air, on boit son café, on ressasse en silence les paroles échangées et on se déplace pour tenter de recommencer. Louis conduira le récit jusqu’où il pourra, le temps d’un dimanche ou peut-être d’une année entière.

 

On se connaît trop en famille, on s’est déjà mille fois entendu parler, la parole familiale est une parole empêchée. Dans Juste la fin du monde, on a affaire à une langue qui, se voulant exhaustive, prend des détours, fait des retours sur elle-même, s’excuse, digresse mais avance. Ses circonvolutions sont
en réalité très concrètes.

 

« Et plus tard, vers la fin de la journée,
c’est exactement ainsi lorsque j’y réfléchis,
que j’avais imaginé les choses,
vers la fin de la journée,
sans avoir rien dit de ce qui me tenait à coeur
- c’est juste une idée mais elle n’est pas jouable -
sans avoir jamais osé faire tout ce mal,
je repris la route,
je demandai qu’on m’accompagne à la gare,
qu’on me laisse partir. »

Extrait, Juste la fin du monde, Jean-Luc Lagarce

 

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La compagnie Processes
« On peut toujours remuer un tout petit peu ...» TARKOS, Écrits poétiques
PROCESSE est le titre d’un poème de Christophe TARKOS. PROCESSES dévore la matérialité des textes. PROCESSES poursuit avec appétit l’exploration des langages fleuves, logorrhées et autres machines verbales. PROCESSES joue avec nos tentatives maladroites de prendre la parole plutôt qu’avec nos actes héroïques. PROCESSES aime le plus-que-présent avec quoi l’acteur va se dépatouiller. PROCESSES tâche de mettre en scène ces êtres-là, humains fragiles qui s’interrogent face à la béance du présent. 
Félicité Chaton - Après avoir tourné pour Caroline Huppert et Serge Moati, Félicité Chaton poursuit des études littéraires : hypokhâgne puis licence de philosophie. Parallèlement, elle suit les cours d’Éric Louis au Cours Florent et le cours Véronique Nordey et entre au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Elle a travaillé tour à tour avec Julie Brochen, Claudia Stavisky, Sophie Lagier, Karelle Prugnaud et Eugène Durif, puis Éric Louis et Pascal Collin, Marie Nimier, Nathalie Bensard, Frédéric Jessua. Dès le CNSAD, elle s’intéresse à la direction d’acteur et co-met en scène plusieurs spectacles, puis met en scène des textes de Jean-Luc Lagarce notamment. Elle met en espace les poèmes de Christophe Tarkos puis Le Baroque à la Maison de la Poésie et au Mac/Val et crée ainsi la Cie PROCESSES. Elle reprend Auto-accusation mis en scène quelques années plus tôt. Elle a fait des stages avec Thierry Roisin, Stanislas Nordey, Jean-Michel Rabeux, Frank Vercruyssen des TgStan, Cyril Teste et Mathieu Amalric...

 

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Production PROCESSES, en coproduction avec Lilas en Scène et en coréalisation avec le Théâtre L’Échangeur-Cie Public Chéri. Avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Ile-de-France-Ministère de la Culture et de Lilas en Scène, du Théâtre L’Échangeur-Cie Public Chéri, des Théâtres de Maisons-Alfort, du Carreau du Temple-accueil Studio et de La Nef-Manufacture d’utopies.

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