Pièce de Corneille rarement montée au théâtre, voici Polyeucte dans une mise en scène contemporaine qui donne une étrange résonnance à l’actualité et fait trembler autant qu’elle fascine.

Polyeucte est un seigneur arménien qui vient d’épouser avec bonheur la fille du gouverneur romain. Mais après sa conversion soudaine au christianisme, il n’a plus qu’une hâte : la recherche du martyre. Au nom de Dieu, il se voue à la mort avec une allégresse inquiétante et le renoncement à l’amour devient chez lui une pure jouissance.

Comment comprendre cette métamorphose brutale d’un jeune homme charmant en fanatique religieux ? Et pourquoi le goût du sacrifice gagne-t-il sur le désir amoureux ? Un mystère, sans réponse univoque.
 

- Quittez cette chimère, et m’aimez.
- Je vous aime,
beaucoup moins que mon Dieu,
mais bien plus que moi-même.

Acte IV, scène III

 

La splendide tragédie de Corneille où l’on voit des luttes magnifiques entre le désir amoureux et le désir du martyre, entre le goût de la vie et l’attraction de la mort, peut nous aider aujourd’hui à nous approcher de cette passion religieuse qui nous angoisse autant qu’elle nous fascine. Désir d’excès, désir de mort où des jeunes gens se découvrent eux-mêmes capables d’actes effrayants contre les forces de l’amour, quitte à les sacrifier. Désir d’excès, de briser les « idoles », qui aliène beaucoup plus qu’il ne libère.

Car nous sommes aujourd’hui, dans un temps de ténèbres, et ici et là, exposés à la terreur. Corneille, dans Polyeucte, s’approche d’un gouffre.

Le poète est en avance, toujours, et la tragédie assez riche pour qu’aucune réponse univoque ne soit satisfaisante. Mais la mise en scène de ce « mystère » peut nous faire mieux comprendre ce qu’il en est de cette passion effrayante !

Brigitte Jaques-Wajeman metteur en scène