ANOTHER LOOK AT MEMORY

Questionner les mémoires des corps, convoquer celles des écritures et bousculer celles des sensations, c’est ainsi que le chorégraphe Thomas Lebrun traverse dix années de créations communes et rend ainsi hommage à trois de ses plus fidèles danseurs.

De ces créations partagées, de sa danse exigeante et précise, c’est une partie de son intimité artistique qu’il offre.

Comme un paysage qui défile et dont les images arrêtées nous échappent, les danseurs déroulent des partitions chorégraphiques existantes pour créer une nouvelle écriture commune, portée par l’œuvre musicale puissante et minimaliste de Philipp Glass, Another look at harmony.

L’arrivée soudaine d’un « nouveau » donne tout son sens à la transmission au cœur de la danse et de la création. Comme une mémoire toujours à reconstruire, à vivifier, à partager. Et la boucle est délicatement bouclée.

Au départ, une réflexion de Marguerite Duras expliquant que, lorsqu'elle commence à écrire, elle ne sait pas ce qu'elle écrit mais elle sait que cela fera sens. Lebrun s'est laissé porter par la puissance de la musique répétitive de Glass. Et par les gestes inscrits depuis dix ans qu'ils travaillent avec lui dans le corps de trois de ses danseurs. Dans une ambiance gris-bleu, la danse est comme un flux que Lebrun brise et reconduit.
Le Figaro

Thomas Lebrun nous met sous hypnose

 

Interview de Marguerite Duras qui a inspiré la pièce chorégraphique :
Vous savez, je ne comprends pas toujours très très très bien ce que je dis. Ce que je sais simplement, c’est que c’est complètement vrai. On ne peut pas être sur tous les fronts en même temps... c’est... un dépeuplement de la vie quand même. Quand je pense à ma vie, je pense que j’ai été quand même très absente. Sauf peut-être de l’amour de mon enfant. Absente, ça écrit tout le temps, c’est-à-dire c’est pas seulement quand on écrit, C’est un « quant à soi » qui est complètement impérieux, qui... qui ne cesse jamais qui.... dont on est complètement la proie, la victime, enfin... c’est assez horrible, comment vous dire... Après chaque livre je me dis que c’est fini que je ne peux plus vivre comme ça dans cet... cet aparté infernal. Il n’y a pas... il n’y a pas d’écriture qui vous laisse le temps de vivre... ou bien, il n’y a pas d’écriture du tout. Vous savez c’est ce que je pense, Et puis ce que vous mettez dans le livre, ce que vous écrivez, c’est ce qui sort de vous, qui en passe par vous plutôt. Puisque c’est ça en définitif le plus important de tout ce que vous êtes. Vous ne pouvez pas faire l’économie de ça. Si vous faites l’économie de ça en faveur de la vie vécue, vous n’écrivez pas. On n’est personne dans la vie vécue, on est quelqu’un dans les livres. Et plus on est quelqu’un dans les livres, moins on est dans la vie vécue. [...] Cet état privilégié de n’être pas quelqu’un... C’est-à-dire d’être positivement personne. C’est quand on écrit qu’on atteint ça... Je le pense tout à fait quant à moi. Je vous dis des choses très intimes. (rires) [...] »
Marguerite Duras Le ravissement de la parole - Collection Les grandes heures - Ina / Radio France.

Thomas Lebrun : "Cet extrait d’une interview de Marguerite Duras en 1980 pourrait être un point de départ pour la pièce. En tous cas, elle me l’inspire. Ces quelques phrases puissantes et intimes, semblent s’extirper de sa mémoire, mémoire de femme et d’artiste, d’auteur. Comme un point, une étape, non pas sur sa vie, mais sur le chemin de quelqu’un qui écrit."
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Production  Centre chorégraphique national de Tours - Coproduction  Festival de Danse Cannes, Le Triangle, scène conventionnée danse (Rennes) - Résidence  La Pratique, Atelier de fabrique artistique, Vatan - Région Centre-Val de loire.
Avec le soutien de l’Université de Tours. 

À suivre au mois de Mars