Le destin d’une famille s’écoule au rythme de la nature, du cycle des saisons et de la vie d’un fleuve.

 

Interview du réalisateur Xu Xiaogang

Ceci est votre premier long-métrage. Pouvez-vous nous le présenter en quelques mots ?

En un instant, chaque rivière, chaque montagne,chaque homme, chaque femme est doté de dignité et de grâce.

Quelle est l’idée de départ ?

Le film a-t-il directement à voir avec le célèbre tableau « Séjour dans les Monts Fuchun » ? Mes parents possédaient un restaurant à l’endroit où fut peint le tableau. Mais la rénovation et la démolition de la ville ont contraint mes parents à finir leur carrière comme simples gérants de ce restaurant. Au départ, je voulais écrire une histoire qui commémorerait leur vie et ce restaurant. Je suis donc revenu dans ma ville natale afin d’y faire des recherches. Lorsque je me suis remis à vivre dans cette ville, j’ai constaté l’ampleur des mutations, ce qui a développé mon inspiration et m’a conduit à écrire une toute autre histoire. La Chine et l’Occident ont leur propre esthétique artistique. Rien n’est mieux ou moins bien, il y a simplement des différences. La peinture occidentale cherche à exprimer l’espace, tandis que la peinture de paysage traditionnelle chinoise tente de capter le passage du temps afin de garder la trace de quelque chose d’universel : l’éternité du temps et l’infinité de l’espace. Pour ce faire, il sacrifie parfois volontairement d’autres éléments, tels qu’une représentation réaliste des ombres et des lumières. Huang Gongwang, le peintre de « Séjour dans les Monts Fuchun », ajustait constamment le point central de son tableau et construisait divers angles afin de créer une expérience visuelle complète et unifiée. Parfois ses points de vue se situent dans le ciel, parfois sur la terre, parfois dans la forêt. Il est totalement affranchi des chaînes de la peinture bi-dimensionnelle. Les anciens déroulaient ces tableaux, lentement, dans un mouvement allant de droite à gauche. Le déroulement permet d’observer, au fur et à mesure, davantage d’images et de scènes. C’est un peu comme un film.

Où êtes-vous né ?

Là où se déroule le film : à Fuyang, ma ville natale. Bien qu’elle ne soit qu’une petite ville du sud-est de la Chine, elle possède une grande richesse historique et culturelle. Le célèbre écrivain et poète Yu Dafu est originaire de cette région. Comme Huang Gongwang, il a créé une littérature inspirée des paysages de cette province. Aujourd’hui, Fuyang est devenu un district de Hangzhou, la capitale de la province du Zhejiang. La ville accueillera également les Jeux asiatiques de 2022.

Comment s’est déroulée l’écriture ?

L’écriture est très similaire à la réalisation d’un documentaire. Je suis comme une caméra humaine qui collecte des informations. L’écriture est comme le montage, sauf qu’en l’absence de matériel, je peux créer le mien. Par le biais du cinéma, j’essaye de mettre la tradition au présent, sous une forme empirique, au lieu d’en faire un symbole, ou quelque chose de rétrograde. C’est naturel, amusant, revigorant et stimulant pour l’esprit. Mon professeur de calligraphie disait : « Ici, nous apprécions les choses occidentales, modernes, sauvages et en pleine croissance, mais nous pouvons également laisser nos esprits reposer dans une ère idéale. »