Théâtre

Samedi 9 janvier 2027 · 20h00

Debussy

Durée 1h45
Conseillé à partir de 12 ans

Tarif plein 28 €
Tarif réduit 25 €
Tarif moins de 14 ans 18 €
Catégorie abonnement D

Cette œuvre fascinante de Shakespeare est un tourbillon romanesque où l’émotion dramatique est aussi intense que le rire est joyeux.

Pris d’un accès de jalousie, Léonte, roi de Sicile, se persuade que sa femme Hermione attend un enfant de son meilleur ami Polyxène, roi de Bohème. Léonte la fait jeter en prison, ordonne que le bébé soit abandonné, la Reine meurt, etc. Mais seize ans plus tard, le bébé, recueilli par un berger, est devenu une jeune fille qui respire la joie de vivre.

Dans une scénographie élégante et sobre puis colorée et enchanteresse, le conte confronte le palais et le village, les rois et les bergers, recréant une unité en ce monde. La musique y est fête, mais aussi mystère et magie. Après la jalousie dévastatrice et l’aveuglement du pouvoir, la rédemption du royaume se meut grâce au pardon, à la filiation et à la promesse d’un nouveau printemps.

++ Devenez artistes d’un soir !

Parce que le théâtre est une fête, la troupe du Conte d’hiver invite 12 spectateurs volontaires à les rejoindre au cœur du spectacle et se laisser guider pendant une scène pastorale. C’est inoffensif et aucun prérequis n’est demandé, juste de la bonne humeur et de la joie pour s’amuser ensemble.

Pour + d’infos et inscriptions, contactez l’accueil billetterie.

Dramaturgie et mise en scène : ce que Le Conte d’hiver dit de nous

« Mettre en scène, c’est pour moi, faire entendre une langue, une dynamique de sens qui résonne dans le monde d’aujourd’hui, c’est jouer avec et pour les émotions des spectateurs et m’enraciner dans le travail des interprètes et des équipes artistiques et techniques, faire vibrer l’espace et les musiques, c’est enfin ouvrir des possibles en faisant du théâtre une
fête, celle des artistes et des publics assemblés dans leurs différences.

Tragédie et divertissement : toutes les facettes de l’humain

Chef d’œuvre captivant, Le Conte d’hiver juxtapose et entremêle de façon prodigieuse la tragédie la plus sombre et la comédie joyeuse. Il confronte le palais et le village, les rois et les bergers. Comme à son habitude et encore plus, Shakespeare recrée un monde, une unité dans l’hétérogène, dans la tension entre les différents registres. L’humanité de son théâtre, et particulièrement ici, surgit dans cette «ballade» entre le désastre et la fête, entre le sérieux et l’irrévérence, entre le sublime et le trivial. Et de façon formidable, cette réinvention du monde par le théâtre se fait en relation avec le spectateur, puisque Shakespeare fait confiance à son intelligence et à son imaginaire. Comme l’auteur le fait dans son écriture et grâce à ce qu’était l’architecture du théâtre élisabéthain, notre dramaturgie, en écho et par conviction, fera du spectateur un acteur de la fête : le théâtre est le monde… et nous y jouons tous, artistes et publics, un rôle, conjuguant la différence de nos vues et de nos pensées.

La complexité, c’est exister pleinement, au-delà de nos peurs et de nos croyances

Au cœur du Conte d’hiver, la forme, les registres de langue, la diversité et les parcours des personnages nous invitent à entrer dans la danse d’un théâtre ludique par sa complexité. Je souhaite m’attacher à cette chance qui nous est donné : faire vibrer la complexité du monde en jouant, avec virtuosité, sur cette palette incroyable de couleurs que nous offre la pièce. En menant le spectateur sur le fil du sens et dans la dynamique du récit, je souhaite amener les acteurs dans cette sincérité vitale de la vie nue, intense,
silencieuse aussi ; celle de l’élan et du vertige.
De façon concrète et métaphorique, Le Conte d’hiver met en scène ce constat : simplifier c’est rétrécir le monde, le mutiler, le détruire. Simplifier, c’est oublier la complexité du vivant, de nos capacités imaginaires. C’est renoncer à nos rêves d’avenir. C’est faillir à notre responsabilité au cœur du vivant. Plus encore que dans ses autres pièces, Shakespeare avec Le Conte d’hiver touche au cœur de l’humain, en jonglant avec les genres, avec nos paradoxes, nos dénis, nos passions. Il nous engage à prendre de la distance avec nous-mêmes, à prendre le temps de nous regarder être, à ouvrir les yeux sur l’irresponsabilité de nos croyances et de nos peurs. En jouant sur des juxtapositions très tranchées, la pièce met en scène une réflexion
profonde qui invite à rejeter la souffrance pour s’ouvrir à l’émerveillement, pour croire encore au monde et à notre capacité de le renouveler à l’infini.

Aveuglement et critique de l’autocratie

L’histoire du Conte d’hiver débute quand Léonte, roi de Sicile, soupçonne sa femme Hermione d’adultère avec Polixène, son ami d’enfance et roi de Bohème. Il s’imagine que l’enfant qu’elle porte n’est pas le sien et même que son fils premier né Mamilius n’est peut-être pas de lui. À partir de ce moment, il est pris d’une folie destructrice qui va le conduire à la perte de sa famille, de ses amis et de son royaume. Pulsion de mort, calomnie, faux procès. Même l’oracle d’Apollon, qui disculpe la Reine et ses descendants,
n’est pas écouté. Enfermement du pouvoir dans sa tour d’ivoire. Le Roi s’est emparé du doute comme d’une certitude et par son pouvoir, il se coupe du monde en le détruisant car celui-ci n’est pas conforme à ce qu’il pense qu’il est.
Cette tragédie d’un pouvoir qui dénie coûte que coûte la réalité offre de grands moments de théâtre comme cette scène du procès d’Hermione, vitrine médiatique d’une terreur dévastatrice. Avec la même violence et toute-puissance aveugle, dans la comédie, le Roi Polixène, déguisé en berger, rejoue cette scène en agressant Perdita (qu’il prend pour une bergère
aguicheuse) et en refusant que son fils Florizel en soit amoureux. Il massacre ainsi leur jeune histoire d’amour. Le pouvoir des rois dans Le Conte d’hiver ne raisonne pas, il rabâche. Il empêche les autres de parler, leur faisant incarner de fausses réalités fantasmées ; ce faisant il dépouille l’autre de toute altérité. Pas d’empathie, pas d’écoute, pas de débats, des
soliloques monocordes, des illusions de vérité…

La force d’âme et la simplicité

Dans ce monde du pouvoir, les femmes (Hermione et Perdita), les bergers, la jeunesse n’ont pas droit à la parole. Mais Shakespeare la leur rend, comme des voix de la sincérité sans détour, de l’authentique. Au cœur du drame, s’imposent la force d’âme d’Hermione et de sa fille Perdita comme la joie de vivre de la fête pastorale. Le vieux berger, Hermione, Perdita disent implicitement ou dénoncent le leurre de l’apparence, la fausseté de l’artifice. Ils sont simplement en accord avec leur conscience d’être, en regard du monde tel qu’il est. Leurs voix contredisent les postures ou instances royales. Elles sont celles de la résistance mais aussi de la réconciliation.
Qu’est ce que la vérité ? Le théâtre de Shakespeare ne cesse de jouer autour de cette question. Son théâtre est fait de strates qui ouvrent en nous les failles du temps. (…) Le théâtre et la vie, mêlés. Si l’hiver met en sommeil la vie, la suspend, c’est pour rendre au printemps son pouvoir de germination. Cette gestation du renouvellement est la condition absolue de la joie de
vivre contre tout esprit mortifère. Le Conte d’hiver parle de nous, parle pour nous. Il nous parle. Shakespeare invente ici de façon unique comment le pardon et le futur se lient ensemble, dans les deux sens. Ce faisant, avec trois siècles d’avance, il ouvre nos yeux sur un point que nous semblons souvent oublier : le temps est réversible, et donc relatif. À nous, d’en
devenir les acteurs. »

Sandrine Anglade

Mot du traducteur

« Loin des problèmes qu’elle peut poser dans l’approche de la littérature, la traduction théâtrale permet d’offrir à chaque création d’une même œuvre, une nouvelle lecture, un nouveau souffle, une nouvelle langue. Comme pour la traduction biblique — au fond — la traduction dramatique doit être là pour servir la révélation d’un texte en permettant l’existence d’un nombre illimité de textes.

La variété des différents travaux autour de Shakespeare est énorme : des traductions universitaires les plus fidèles aux adaptations les plus folles. Mais quel que soit le résultat voulu, traduire le théâtre est un geste qui doit tenter de comprendre l’auteur, connaître le théâtre pour lequel il écrivait et sa contextualisation autant sociale, poétique que métaphysique. Il faut tenter de recréer un nouveau texte fidèle à un esprit plus qu’à un contenu, fidèle à une forme plus qu’à un sens, fidèle à une esthétique plus qu’à un discours.

J’aime que la traduction théâtrale soit un geste herméneutique, une exégèse : il ne serait question que d’interprétation du texte. Une œuvre complète de Shakespeare n’a d’ailleurs pas de véracité historique, les textes ont sans cesse été modifiés, souvent écrits en commun avec les acteurs (pour les théories les moins loufoques…), transcrits depuis les notes des souffleurs ou écrits de mémoire par les acteurs. C’était donc déjà un théâtre en mouvement, d’où l’intérêt de toujours le renouveler par la traduction.

Une des particularités les plus intéressantes à développer dans ce travail, ce sont les différents niveaux de langage utilisés par Shakespeare, selon les personnages ou les situations. Une traduction trop proche d’un discours en français de l’époque ne peut pas avoir le même effet sur un public d’aujourd’hui qui n’a ni les mêmes références historiques, ni le même rapport au théâtre. L’idée est que le spectateur ne doit pas être limité dans son immersion au théâtre par ces références, évidentes à l’époque élisabéthaine, contraignantes aujourd’hui et qui nuisent à l’urgence dramaturgique essentielle à Shakespeare. Ce qui pouvait paraître vulgaire ou commun à l’époque de Shakespeare peut nous apparaître soutenu aujourd’hui mais, attention, il n’est pas question d’actualisation ou de modernisation gratuite. Disons grossièrement que ma traduction utilise
les registres contemporains pour faire ressentir les ruptures dans les registres de l’époque élisabéthaine.

Ainsi, le texte tente de retrouver le lyrisme concret propre à l’anglais de son auteur. Les jeux de mots ou les blagues, omniprésents, doivent quant à eux être adaptés et à l’époque, et à la langue française. Quitte à s’éloigner un peu du sens d’une blague : oui, je ne pense pas que le contenu d’une blague, d’un jeu de mot ou d’une allitération soit le plus important, ce qui est important c’est de faire rire quand Shakespeare voulait faire rire. Pareil pour la fluidité et le rythme, il faut toujours garder le tempo et la musicalité, l’humeur, la sonorité et l’énergie, quitte à s’arranger en disant différemment. Le plaisir de l’acteur et du spectateur doivent primer, il s’agit de se mettre à la place du public élisabéthain pour mieux faire vivre aujourd’hui ce qu’on devait ressentir là-bas. En d’autres termes : trahir pour être toujours plus fidèle.

Oui, les pièces doivent renaître sans cesse, non plus par l’intermédiaire unique de la mise en scène, mais aussi par le travail d’interprétation, de traduction et d’adaptation dramaturgique qui nous fait penser le texte dans une nouvelle époque, pour un autre public et grâce à une langue renouvelée mais fidèle qui ne doit dégrader ni la poésie ni le sens intime de ce verbe décryptant l’âme humaine avec toujours plus de véracité. »

Clément Camar-Mercier

Distribution

Le Conte d’hiver de William Shakespeare

Mamilius et Perdita, chant Héloïse Cholley
Camillo, Paulina, l’ours, chant Florent Dorin
Léonte et le clown, chant Damien Houssier
Polixène, un greffier, chant Laurent Montel
Autolycus, chant, guitare, accordéon et percussions Nina Petit
Hermione et Florizel, chant Sarah-Jane Sauvegrain
Antigonus et un vieux berger, chant Rony Wolff

et un groupe de 12 spectateurs invités (sur inscription) à participer à la scène de la fête pastorale

Conception et mise en scène Sandrine Anglade
Traduction et dramaturgie Clément Camar-Mercier
Transposition et direction musicale Nikola Takov
Scénographie et lumières Caty Olive
Costumes Magali Perrin-Toinin
Accessoires Sylvie Martin-Hyszka
Mouvements Pascaline Verrier
Assistante à la mise en scène Héloïse Cholley
Stagiaire dramaturgie Shane Haddad
Stagiaire mise en scène Aimée Lipot
Régie générale et lumières Ugo Coppin, en alternance avec Manuela Rondeau
Régie plateau Rémi Remongin, en alternance avec Clément Barthelet
Stagiaire scénographie Pauline Simone
Directeur de production Alain Rauline
Administratrice de production Héloïse Jouary
Assistantes de production Anaëlle Menier et Maïlis Buso
Graphiste et chargée de communication Anne–Sophie Rami

Remerciements à Céline Haocas, Violette Sarrazin, Corentine Quesniaux, Alexandre Isère et Noé Jouannet.
Remerciements à l’ARCAL, aux ateliers de la MC93, à l’Opéra de Lille, à la classe costumes du Lycée des
métiers de Sartrouville.

Mentions obligatoires

Production déléguée Compagnie Sandrine Anglade
Coproductions Centre des bords de Marne, Le Perreux-sur-Marne • Centre d’Art et de Culture de Meudon • Comédie de Picardie, Amiens • Réseau ACTIF Association Culturelle de Théâtres en Île-de-France
Accueils en résidence Théâtre Georges Simenon, Rosny-sous-Bois • Arcal • Centre des bords de Marne, Le Perreux-sur-Marne • Conservatoire de Vincennes

La Compagnie Sandrine Anglade est conventionnée par la Région Île-de-France au titre de la PAC et par le département du Val-de-Marne. Sandrine Anglade est artiste associée au Centre des bords de Marne, Le Perreux-sur-Marne.
Avec l’aide à la création de la DRAC Île-de-France et de la Ville de Vincennes. Avec l’aide de la SPEDIDAM.
Le processus de création du
Conte d’hiver et sa tournée ont été suivis par des dizaines de publics dans le cadre de Création.s partagée.s, projet du Laboratoire Citoyen de la Compagnie Sandrine Anglade.

en images

© Nadège Le Lezec
© Nadège Le Lezec
© Nadège Le Lezec
© Nadège Le Lezec

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